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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 18:03
Ibardin - lac Choldocogagna. 27 mars 2014.

 

Ce jeudi matin, le temps n’est pas spécialement engageant. De plus, il fait frisquet. Les aruspices, les pratiquants de l’ornithomancie ou les augures sont, comme on s’en doute, depuis longtemps remplacés par la Météorologie Nationale. Pourtant, le randonneur n’accorde pas toujours de crédit aux prévisions de ce respectable organisme.

C’est pourquoi, vers 9 h, le nez en l’air, neuf personnes suréquipées, mais prudentes, scrutent le ciel de Marouette. Constat : il ne pleut pas.

La discussion entre les leaders expérimentés est rapide. Il ne faut pas laisser passer une chance de promenade parce que des employés de bureau prévoient de rares averses le matin et de belles éclaircies l’après midi. La destination Ibardin, sans même avoir fait campagne, est élue dès le premier tour de scrutin…

Nous n’en dirons pas plus sur le trajet en voiture que tout randonneur de Bayonne Accueille peut faire les yeux fermés, même en dormant au volant entre deux virages.

D’Ibardin où nous parquons nos deux puissants véhicules à multiples capteurs (368 m), nous descendons gentiment en direction du lac. Le chemin est excellent. Les talus discrètement fleuris sont bordés de pentes boisées. Les coteaux découverts du Batzaleku regorgent d’asphodèles. Il nous est rappelé à cette occasion qu’en cas de besoin, nous pourrions très bien en dévorer les racines pour survivre. Cette idée est plutôt rassurante. Même si ceux qui en ont mangé sont ici peu nombreux et si personne n’a la moindre idée des recettes les plus goûtues pour cette denrée. Peut-on vivre d’asphodèles revisités façon « croquant-gourmand » et d’eau fraîche ?

La source du Canard (306 m) est dépassée avec entrain. A gauche, au bord de notre route, surgissent une table et deux bancs de pierre (293 m). Ces trois meubles, solides mais de guingois, paraissent de facture moderne. Seul le grès de la Rhune dont ils sont faits pourrait avoir 70 millions d’années. Pour conclure, il ne s’agit probablement pas de meubles Ikea.

Le lac est splendide sous ce ciel incertain. Entre le Xoldokogaina et l’Oneaga, le regard est soudain attiré par l’usine de filtration que les touristes prennent généralement pour une chapelle.

Ibardin - lac Choldocogagna. 27 mars 2014.

Nous voilà sur le barrage du Xoldokogainako lakua (258 m, le plan d’eau serait à 256 m) pour une traversée périlleuse sur une passerelle en dentelle métallique placée là autant pour décourager les animaux que pour faire monter l’adrénaline du promeneur. Photos. Chute d’eau vertigineuse. Fracas du déversoir.

 

En poursuivant sur la rive gauche, notre chemin nous livre une nouvelle source, puis une borde, en contre-haut (270 m). Peu après, dans une clairière, nous observons la tradition héritée de nos plus glorieux devanciers : la pose banane (au chocolat). Comme nous ne sommes pas pressés et que les conditions ne cessent de s’améliorer, nous tentons de monter à flanc sur un nouveau chemin qui ne conduit qu’à une vaste et récente plateforme de bulldozer. La tentative a échoué. Le sentier continue en effet à travers des ajoncs qui semblent encore moins accueillants de près que de loin. Nous revenons sur nos pas.

Ibardin - lac Choldocogagna. 27 mars 2014.
Ibardin - lac Choldocogagna. 27 mars 2014.

Nous franchissons lestement l’erreka tributaire du lac par un gué fort bien aménagé et retrouvons par une courte montée où il fait bon se dévêtir quelque peu,

Ibardin - lac Choldocogagna. 27 mars 2014.
Ibardin - lac Choldocogagna. 27 mars 2014.

le col de Pitare ou col des Poiriers (316 m).

Ibardin - lac Choldocogagna. 27 mars 2014.
Ibardin - lac Choldocogagna. 27 mars 2014.
Ibardin - lac Choldocogagna. 27 mars 2014.

Ainsi, nous rejoignons le GR10. Cap au sud, en zigzag, dans une nouvelle pente pour rejoindre un replat au sud-ouest le Manddale ou Manttale où se planquent quelques pans de murs qui font notre bonheur. Les uns nous abritant du vent, les autres nous servant de sièges (520 m). Aussi confortable que des fauteuils de théâtre. L’endroit s’avère d’une propreté inattendue. C’est là que nous déjeunons, face au soleil. Le metteur en scène inconnu qui nous reçoit, a prévu un spectacle muet mais grandiose. Au générique figurent tous les grands noms du coin. Les vedettes sont sans conteste, côté cour le Mendaur, et côté jardin l’Autza. Les costumes sont encore de M. Hiver, lequel préfère la blancheur pour la partie supérieure de ces grands acteurs immobiles. Le mont Izu, un pote qu’on a revu il n’y pas si longtemps, est là aussi, clown blanc impeccablement maquillé, avec son cirque. Comme dessert pour les yeux, on nous fait remarquer que la colline abrite beaucoup de daphnés, arbrisseau qui fleurit rose, plus ou moins vif. Ceux qui sont exposés au sud sont déjà en fleurs.

 

C’est le cœur serré que nous reprenons la route après ce moment de ravissement. La civilisation nous appelle. Le Mandale est contourné au sud vers l’est jusqu’à un petit épaulement (480m) puis à l’est vers le nord. Nous regagnons le temple de la consommation alcoolique et tabagique que nous avions un peu oublié. Nous avons, presque sans nous en rendre compte, décrit un cercle presque parfait.

 

Dans une certaine venta, il arrive de rencontrer un boucher sympa qui va jusqu’à donner un petit plus à la clientèle lorsque celle-ci s’exprime particulièrement bien en castillan.

Thé (deux couleurs), chocolat à l’eau ou au lait, café, servis par un jeune géant débonnaire et pris devant la redoutable face ouest de la Rhune. Vif débat sur le degré de vouvoiement, voussoiement, tutoiement, à adopter entre inconnus, connus de vue, relations de 30 ans, intimes. Et en fonction des us et coutumes de chaque randonneur.

 

Une bien belle journée dont il faut remercier une fois de plus notre coach Anita qui sait parfaitement improviser dans l’adversité. Pas besoin de cellule de crise ou de soutien psychologique. Maintenant, il est temps de rentrer par la RD 810 et le pont rouge. La barbe, Henri G. ! Vivement la téléportation.

 

 

 

 

Ibardin - lac Choldocogagna. 27 mars 2014.

Distance 8,5 km environ ; quelques heures de marche ; quelques centaines (4,5) de mètres de dénivelé positif.

Jean-Louis L.

 

Photos Mado : lien

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