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9 juillet 2022 6 09 /07 /juillet /2022 11:18

À Bayonne, ce mardi 6 juillet 2022

 

Ma très chère bonne, recevoir vos missives relève pour moi d'un émerveillement qui ne se tarit jamais. J'en ai, à chaque fois, le cœur tout réchauffé.

Réchauffé... le mot n'est sans doute pas le mieux choisi alors que, me sachant partie à Marseille, vous vous inquiétiez des effets de la canicule sur ma santé. Je vous rassure. Sur les rives de la Méditerranée, la température était tout ce qu'il y avait de plus commune pour la saison. Je ne vous dirai pas que je n'ai pas souffert du fait des innombrables vêtements que la décence nous oblige, nous les femmes, à porter mais certainement dans des proportions moindres que mes amies restées au Pays basque.

Cette escapade dans la cité phocéenne et ses alentours avait été prévue de longue date par la baronne Anita de Olhats dont j'ai déjà eu maintes fois l'occasion de vous parler. Une maîtresse femme assurément qui, sous un abord avenant et souriant, sait faire preuve d'une grande fermeté. Une main de fer dans un gant de velours si neuf mots pouvaient suffire à la résumer.

De la fermeté il en fallait pour réussir à tenir un groupe de près de quarante personnes cinq jours durant et surtout à les réunir un lundi matin à potron-minet. Vous le savez bien ma bonne, je ne suis pas de celles qui pensent que le monde appartient à celles qui se lèvent tôt, mais, en la circonstance, je m'étais fait violence. J'étais donc bien à l'heure pour déposer mes malles dans le coche qui devait nous conduire à Marseille.

J'ai retrouvé là nombre de connaissances connues et moins connues. Ma mémoire, pourtant bonne, peine parfois à retenir les noms et les titres de tous. J'écris tous mais je devrais rectifier en « toutes » tant la gent féminine écrase dans ces voyages la masculine. Espérons qu'une réforme de l'orthographe nous permettra un jour de mieux affirmer notre supériorité.

Fatiguée de m'être levée si tôt, j'eus bien piqué un somme dans le coche mais c'était bien mal connaître mes compagnes de voyages dont parler semble l'occupation favorite. En moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, je fus informée des tout derniers potins de la cour. Vous savez combien j'en suis friande, ne fut-ce que pour vous en faire part, je ne vais donc pas me plaindre. Ces babillages ont permis aussi que le voyage parusse plus court qu'il ne l'a été en réalité. Vue du pays basque, la Provence n'est pas au bout du monde mais presque.

Il me faut en tout cas féliciter la baronne de Olhats pour le choix de son cocher dont la conduite a été soulevé l'admiration de tous, tant il lui fallait d'adresse pour, une fois parvenus dans Marseille, se frayer un chemin dans les étroites ruelles.

L'auberge qui nous accueillait pour quatre nuits était de bonne facture et seyait à notre rang. Elle était même dotée d'un étang dans lequel, le soir venu, les goélands de passage plaisaient à se tremper.

Mais ce n'était évidemment pas pour villégiaturer que la baronne nous avait invités à Marseille. Dès le lendemain, elle nous embarquait une nouvelle fois à potron-minet dans le coche en direction de la côte sud-ouest. Une demi-heure aurait normalement dû suffire au cocher pour emmener au point de départ, mais c'était sans compter avec Marseille et ses embarras. Figurez-vous qu'un des tunnels que nous devions emprunter était bloqué par une charrette qui s'était renversée ! Et pas un officier de police à l'horizon pour contraindre quelques manants à la relever.

Voyant le temps s'écouler, la baronne prit l'initiative de nous faire aller à pied. Nous dûmes emprunter successivement un coche souterrain puis un coche urbain qui daigna conduire notre groupe jusqu'au départ de la promenade. Il était déjà onze heures quand nous commençâmes à marcher et le soleil était déjà brûlant.

Nous empruntâmes alors un sentier, dit du Président, lequel nous offrit à nos regards, au fur et à mesure que nous élevions, des panoramas d'une beauté inouïe. Qu'en ces lieux bénis par les dieux, le bleu du ciel et de la mer est profond ! Marchant le long des crêtes rocheuses et des éboulis, nous serpentions entre le genêt de Lobel et les silhouettes tortueuses du pin d’Alep, alors que parvenaient à nos narines les doux parfums du romarin et du thym. C'est à cette occasion que j'appris que le mot calanques désigne une « vallée creusée par une rivière, puis récupérée par la mer ».

À cause du retard pris le matin, nous ne pûmes aller jusqu'à Marseilleveyre où la baronne de Ohats souhaitait nous emmener. Sans regrets pour certains trop heureux d'échapper à la longue marche inscrite au programme.

Le lendemain, nous nous levâmes de nouveau aux aurores avec, au programme, une marche vers les calanques de Sormiou et plus si affinités. Aucun d'embarras cette fois-ci pour notre cocher qui put nous déposer sans encombre à l'arrêt des coches urbains. Comme la veille, un soleil ardent accompagnait nos pas alors que nous commencions à prendre de la hauteur. Aussi, après quelques kilomètres, la vue d'une petite crique où paressaient sur le sable quelques autochtones souleva les cris d'enthousiasme... surtout de celles qui préféraient s'économiser. Alors qu'elles se dévêtaient déjà pour se jeter à l'eau, les autres, poursuivirent leur ascension à travers les calanques, nonobstant la pente rude et de délicats passages à franchir. Nous découvrîmes alors un merveilleux petit port où nous pûmes nous arrêter quelques instants pour nous restaurer. Nous bouclâmes ensuite la boucle pour rejoindre nos compagnes que nous avions abandonnées le matin, heureuses au moins en apparence de nous retrouver.

Le troisième jour, un tout autre programme, plus tranquille, nous était proposé. La baronne de Ohlats avait en effet décidé de nous lâcher la bride toute la matinée durant. Nous pouvions, à notre choix, nous reposer à l'hôtellerie, nous baigner dans l'étang réservé aux goélands ou bien partir à la découverte de Marseille... ce que je fis. La cité phocéenne mérite d'être vue et visitée, je ne vous dirai pas le contraire ma bonne. Son port est l'un des plus charmants qui soient, partagé entre les frêles esquifs des pêcheurs et les gros navires des armateurs qui nous apportent soie, épices et compagnie. J'en fis le tour, admirant le bagout des marchandes de poissons à la langue haut perchée.

Mais, le temps file à toute vitesse, l'après-midi commençait, il était déjà l'heure d'embarquer dans la felouque qui devait nous faire découvrir les calanques de l'intérieur, c'est-à-dire du côté mer. La croisière dura pas moins de trois heures, heureusement qu'il n'y avait pas de houle, nous n'eûmes à déplorer aucun vomissement. Les paysages que nous traversâmes étaient sublimes, c'était un enchantement pour les yeux que nous ramenâmes le soir même emplis d'étoiles.

Le quatrième et dernier jour, une nouvelle marche devait nous conduire, au départ de Cassis, jusqu'aux calanques de Port-Miou, Port-Pin et En-Vau. Le soleil et la chaleur étaient toujours au rendez-vous, sans atteindre, Dieu merci, les températures que vous connaissiez au même moment à Bayonne. Cassis est un joli village, rattaché au comté de Provence, baigné par la Méditerranée. Nous nous en éloignâmes très vite pour rejoindre la première calanque de la matinée, celle de Port-Miou. Mais nous nous arrêtâmes un peu avant pour admirer le panorama du haut des falaises. Redescendant, nous découvrîmes une nouvelle plage que quelques jeunes oisifs locaux avaient déjà investie. Comme deux jours auparavant, quelques uns et unes de notre groupe choisirent de s'y arrêter pour s'y baigner et s'y reposer. Mais la majorité choisit de suivre Anita, pardon la baronne de Olhats, qui a toujours bon pied, bon œil et bon commandement. Avec elle, il n'est point question de désobéir aux ordres donnés, quelle maîtresse femme ! Considérant ainsi qu'il était un peu tard pour aller jusqu'à la dernière calanque prévue, elle réduisit la boucle que nous devions suivre avant de retrouver la calanque de Port-Miou où nous attendait le premier groupe beaucoup moins fatigué que nous et pour cause !.

Fatigué ? Il ne fallait pas le rester longtemps en tout cas car le soir même, la duchesse Annie connue pour son amour de la fête et des plaisanteries coquines avait organisé une soirée de gala sur le thème « Ô mon beau marin, la Marine est à toi ». Même si l'assemblée comptait en réalité moins de marins que de Marine, la fête fut très réussie. Ah si vous aviez vu ma bonne le visage ébahi des autres clients de l'auberge nous voyant défiler avec nos beaux costumes rayés bleu et blanc en chantant la version paillarde de « Allons à Messine pêcher la sardine ! »

La duchesse Annie souhaitait que nous dansions jusqu'à l'aube mais c'était oublier l'âge vénérable de beaucoup d'entre nous. J'eus bien aimé, comme elle, me contorsionner sur la piste de danse et me pâmer dans quelques bras virils mais ces journées à carapater à travers les calanques m'avait épuisée. Je pris donc le parti de me coucher tôt.

Le lendemain, le voyage de retour se fit sans encombre. Nous gagnâmes Bayonne en fin d'après-midi, alors que le ciel se couvrait et que la température baissait, Dieu soit loué.

Voilà ma bonne quelques échos de mon voyage à Marseille. J'espère que mon récit vous aura égayé et compte sur vous pour me donner rapidement de vos nouvelles.

Marie de Rabutin Chantal

Marquise de Sévigné

p.p. Jean-Philippe

 

Les photos :

Jean-Philippe.

Jacques.

Guy

Mado.

 

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