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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 16:08

  00verslejaizkibel.jpg

Départ aujourd’hui pour une randonnée à thème géologique, sur la piste des paramoudras, suite de la rando sur le même thème de l’année dernière (avec Lionel de TVPI).

Sur le thème géologique proprement dit, voir en annexe des explications.

Nous passons vers la meule qui marque le début de la descente, et arrivons sur le site des paramoudras, afin de revoir ces formations si spectaculaires, dans ce cadre magnifique.

01remontee

01remontee1

 

 

 

 

 

 

Les rochers de l’estran étant humides, il n’est pas possible d’effectuer la traversée en bas des falaises, il nous faut donc remonter, et rejoindre la baie d’Erentzingo portua par le chemin du haut.

 

 

 

 

 

02cableDans cette baie, subsiste un câble qui permettait de remonter les algues rouges (gelidium), qui maintenant aussi sont pêchées directement à bord de bateaux (par exemple à St Jean de Luz). Ces algues sont ensuite transformées pour en extraire l’agar agar, gélifiant nommé E406 dans les additifs alimentaires.

 

 

 

 

 

 

 

03echelle

 

Montée sur l’autre versant de la baie, par le sentier débutant par une échelle métallique, permettant de franchir un petit ressaut vertical.04mainsure

Puis, Annie surmonte son vertige en traversant gaillardement les différentes vires, grâce à la main ferme et sûre de son guide (dixit Mag qui n’est pas jalouse !). Il est déjà possible lors de cette montée de s’émerveiller devant le travail de l’érosion dans les grès : dentelle de roche, nid d’abeille, trous, carapace ferrugineuse… et ce n’est que le début de la découverte, avant le pique-nique au sommet, face à l’océan, et aux jeunes goélands qui tournoient au dessus de nous.

06repas

Après le repas (avec 3 couleurs de vin SVP !) nous continuons en restant au plus près de la côte, et découvrons dans une « grotte » une fougère rare, survivante des époques glaciaires précédentes : la trichomanes speciosum (voir fiche). 11fougeretrichomane

Cette fougère pousse le plus souvent dans les endroits très humides, et peu éclairés, elle ne se trouve en France qu’en Bretagne et au Pays Basque.

07trous

Le sentier nous mène ensuite vers les premiers beaux blocs travaillés par l’érosion sous forme de taffoni : nom corse, invariable. Ce sont des cavités creusées dans la roche, par attaque des éléments les plus sensibles à l’érosion. L’attaque est une combinaison de facteurs locaux : vent, humidité, sel, température. La cavité se creuse par le haut : la gravité entre donc aussi en jeu. Les taffoni de Corse existent dans les formations granitiques.

 

09falaiseocre-jaune

En bout de chemin, nous arrivons vers le ruisseau Gaztarrotz, qui a entaillé la falaise qui montre en face de nous de belles couleurs jaunes et rouges.

10abri-sous-roche

En remontant, nous atteignons un abri sous roche, où des figures colorées en jaune, rouge, orange dessinent des ondulations qui ne suivent pas les couches de sédimentation.

Toutes ces couleurs résultent de circulations d’eaux chargées en sels métalliques, essentiellement à base de fer (rouge et jaune, parfois gris-vert) et de manganèse (noir).

Le retour s’effectue d’abord par un sentier qui nous ramène au chemin principal du Jaizkibel.

Dénivelé : 500 m. Distance parcourue 14 km.

Mag et Jean-Jacques.


 

 

Une curiosité en Pays Basque : les paramoudras du Jaizkibel


Le Jaizkibel est un massif essentiellement constitué de grès à ciment carbonaté, faisant partie des vastes affleurements des turbidites de l’Eocène inférieur (il y a environ 50 millions d’années) qui se développent sur la côte espagnole jusqu’à Zumaia.

Tout d’abord qu’est-ce qu’une turbidite : c’est une avalanche qui est issue de l'évolution d'un glissement sous-marin. Elle est capable de transporter beaucoup de matière en suspension, et a des propriétés à peu près semblables aux avalanches classiques. Le glissement de Terre Neuve de 1929 a fait prendre conscience de l’importance de ces glissements sous marins. Il s’est déplacé jusqu’à 600 km, et il a coupé de nombreux câbles sous marins, jusqu’à 13h après son déclenchement ! Sa vitesse initiale a été estimée à 65km/h, et il a charrié 200 km3 de débris !

12paramoudras

C’est donc dans ces turbidites éocènes que se situent nos paramoudras. Mais d’abord, qu’est-ce qu’un paramoudra ? L’origine du nom vient du gaélique « peura muireach », et signifie « poire de mer », ils ont été décrits pour la première fois en Irlande à Moira en 1817. Il s’agissait de concrétions siliceuses cylindriques massives et grande taille (de 30 à 60 cm de longueur et de 15 à 30 cm de diamètre), au sein desquelles existait un cylindre de craie de 2 à 12 cm de diamètre. D’autres paramoudras ont ensuite été rapidement mis en évidence dans d’autres sites : Maastricht, les côtes de la Manche en France…

Les paramoudras du Jaizkibel sont bien différents de ceux décrits ci-dessus, et ils n’ont été dévoilés que très récemment par leur « inventeur » Michel Molia, un retraité passionné, qui découvre le site en 2007, et qui a cherché longtemps la solution permettant d’expliquer les formes qu’il admirait en bord d’Océan. C’est une rencontre avec Carlos Galán (du laboratoire de bio-spéléologie de San sebastian) qui va lui apporter des éléments de réponse.

Ces structures sont parfaitement rondes ou cylindriques, montrant que la gravité n’a pas agi : elles se sont donc développées au sein du sédiment en milieu semi profond (talus ou pied de plateau continental). La canalisation centrale est présente et visible dans de nombreux cas.

Les boules et cylindres présents sont plus durs que les sédiments encaissants, ils restent donc apparents avec l’érosion.

En comparant ces formations aux paramoudras « classiques », on arrive donc au schéma de formation suivant :

- dépôt du sédiment encaissant sous forme de turbidites, dans les grès carbonatés

- terriers d’animaux fouisseurs (vers marins) vivant sous quelques décimètres de sédiments.

- ces terriers sont reliés au fond de l’eau par des conduits ou des tubes chitineux (aujourd’hui disparus) favorisant la circulation d’eau, donc les sels minéraux des carbonates vont vraisemblablement diffuser de façon centrifuge par rapport au terrier, et permettre la « cimentation » de la roche en forme de cylindre si cela a lieu le long d’un terrier, ou en boule si cela se forme à partir d’un point particulier. Les réactions mises en cause lors de leur formation sont donc de trois ordres : physique, chimique et biologique.

Les parois où subsistent encore des paramoudras en place montrent que ces boules existent sur de nombreux étages des couches, on doit donc imaginer que lors d’avalanches sous-marine, ces vers marins (du moins les survivants si l’avalanche était importante) colonisaient les nouvelles couches ainsi formées.

Lorsque les paramoudras se présentent sous forme cylindrique, il est possible de suivre le canal central si l’érosion le permet.

Les empreintes en creux laissées par les paramoudras montrent parfois de curieuses figures colorées : des anneaux de Liesegang. Ces structures de grès colorées existent dans de nombreux autres endroits du Jaizkibel, parfois avec des formes de paramoudras peu indurées (voir dernière photo).

Pour terminer, une illustration montrant les différentes directions des paléocourants étudiés au Jaizkibel par F. Pétrissans. Noter l’organisation en éventail caractéristique d’un cône sous-marin. Le site des paramoudras se situe vers l’extrémité de la 3e flèche rouge en partant de la gauche : en bleu les directions relevées sur le terrain, en rouge, les courants déduits. On remarque donc que les turbidites venaient du Nord (avec un pendage sud), d’une zone émergée à cette époque. La tectonique pyrénéenne les a ensuite inclinées dans l’autre sens, puisque leur pendage est actuellement vers le nord.

Un port extérieur à celui de Pasaia est en projet sur la côte ouest du Jaizkibel. Il suscite de nombreuses contestations, à lire : Lettre d’information « Bayonne pays Basque, du CAF- Janv Fév 2013. N° 1 (demander sur le site de recherche : Le « Jaizkibel », bientôt un super-port extérieur ?)

 

Une série d’articles mis en ligne par l’équipe travaillant sur les paramoudras et le massif de manière plus générale (en espagnol) 

http://www.aranzadi-zientziak.org/wp-content/files_mf/1298907276ULIA3.pdf

 

http://www.aranzadi-zientziak.org/wp-content/files_mf/1298301864GalanMolia.Paramoudras.pdf

 

http://www.aranzadi-zientziak.org/wp-content/files_mf/1298302185GalanNieto.PseudokarstArenisca.pdf

 

http://www.aranzadi-zientziak.org/wp-content/files_mf/1298305199TOTAL.Jaizkibel.1.pdf

 

http://www.aranzadi-zientziak.org/wp-content/files_mf/1298303778TOTALCavesGrottoes.pdf

 

http://www.aranzadi-zientziak.org/wp-content/files_mf/1293209537_magicfields_publicationFile_1_1.pdf

 

http://www.aranzadi-zientziak.org/fileadmin/docs/espeleologia/EstrucDisip.2.TOTAL.pdf

 

http://www.aranzadi-zientziak.org/wp-content/files_mf/1298044689ULIA2.pdf

 

http://www.aranzadi-zientziak.org/wp-content/files_mf/1302532702ELEFANTE.TOTAL.pdf

 

Mag et Jean-Jacques.

Les photos :

Anita : link

Claudine : link

Mado : link

 

 


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commentaires

F
Une sortie qui passionnerait mon petit-fils, passionné de géologie. Je vais lui envoyer le lien sur cette page. J'entends aux infos que vous avez des températures exceptionnelles actuellement...<br /> Aïe, aïe, aïe...
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